Assemblée législative du peuple du Burkina Faso
Assemblée législative de transition
Après les échanges avec les premiers responsables de la région, les membres de la Commission du développement durable (CDD) , ont, à travers une visite des sites, échangé sur les difficultés des acteurs et recueilli les préoccupations et recommandations.
A travers la visite de plusieurs sites touristiques majeurs de la région, notamment les Pics de Sindou, le lac de Tengrela, les Dômes de Fabédougou et les cascades de Karfiguéla, les membres de la mission d’information de la CDD a pris le pouls des difficultés mais aussi des espoirs que suscite le secteur.
Au cœur des échanges, l’accessibilité des sites, l’aménagement des voies d’accès, la promotion du tourisme interne, la formation des acteurs, la réglementation, la structuration de l’offre touristique afin d’inciter les visiteurs à prolonger leur séjour. Dans les Tannounyan, les acteurs du secteur sont unanimes sur le fait que la région dispose d’un patrimoine touristique exceptionnel. Mais une grande partie des sites demeure encore dans un état naturel, avec des aménagements limités. Les visites des différents sites ont permis à la délégation de mesurer concrètement la richesse du patrimoine naturel du Tannounyan. Aux Pics de Sindou, les parlementaires ont découvert un ensemble géologique remarquable, mais également un espace chargé d’histoire et de culture. Les vestiges, les traditions et les pratiques culturelles associées au site constituent autant d’éléments à préserver et à valoriser. Au lac de Tengrela, l’histoire du peuplement, les pratiques locales et les potentialités liées au plan d’eau offrent également des possibilités de développement d’activités touristiques diversifiées. Sur les Dômes de Fabédougou, avec leurs impressionnantes formations rocheuses façonnées par l’érosion au fil des millénaires, constituent eux aussi un patrimoine naturel majeur. À Karfiguéla, la délégation a pu apprécier les cascades et leur environnement, tout en prenant connaissance de leur importance pour les populations locales, notamment pour l’agriculture, l’alimentation en eau et certaines activités économiques. Ces visites ont également permis de rappeler la nécessité d’un tourisme responsable. Les acteurs insistent notamment sur l’écotourisme et sur le respect des sites : ne pas jeter de déchets, ne pas emporter les vestiges ou objets trouvés sur place et contribuer à la préservation de l’environnement. Pour les professionnels, la préoccupation est de mettre en place des aménagements intégrés permettant de mieux accueillir les visiteurs tout en préservant le caractère naturel des sites. Ils souhaitent notamment voir se développer autour des sites des services complémentaires : restauration, hébergement, espaces d’animation, activités culturelles et circuits permettant de relier plusieurs attractions. L’enjeu est de construire une véritable chaîne de valeur autour du tourisme. Car, expliquent-ils, visiter un site pendant quelques heures ne suffit pas. Il faut pouvoir proposer au visiteur suffisamment d’activités pour le retenir plusieurs jours dans la région. « Quand on vient, on visite les sites, on vient à l’hôtel naturellement. Mais si le séjour ne dépasse pas trois jours, ce n’est pas suffisant alors que la région dispose de suffisamment de richesses », déclaré le Directeur régional en charge du tourisme, Yacouba GORO. Cette approche devrait également permettre de mieux valoriser les pratiques culturelles, les manifestations traditionnelles et les savoir-faire des communautés locales. L’accessibilité des sites, une préoccupation majeure Parmi les difficultés récurrentes évoquées au cours de l’audition figure l’état des voies d’accès aux différents sites touristiques. En saison pluvieuse particulièrement, l’accès à certains sites devient difficile, voire dissuasif pour les visiteurs. Une situation qui, selon les acteurs, contribue à donner l’impression que certains sites sont fermés alors qu’ils restent accessibles. L’amélioration des voies d’accès est donc présentée comme une priorité, au même titre que la réalisation d’infrastructures d’accompagnement. Les acteurs ont également insisté sur la nécessité d’impliquer davantage le secteur privé. Pour eux, l’État ne peut pas porter seul l’ensemble des investissements nécessaires. Les collectivités territoriales et les opérateurs privés doivent également jouer leur partition dans le développement des infrastructures touristiques. Mais cette implication du privé suppose, selon eux, la création de conditions plus favorables à l’investissement. Hôtels et restaurants : des acteurs au cœur du tourisme interne La délégation de parlementaires s’est également intéressée aux structures d’hébergement. Dans un établissement visité par les parlementaires, les responsables ont expliqué que le secteur hôtelier a fortement subi les effets conjugués de l’insurrection populaire, de la crise sanitaire liée à la Covid-19 et de la situation sécuritaire. La clientèle, autrefois largement composée de visiteurs étrangers, est aujourd’hui davantage constituée de nationaux. Les déplacements de services publics, les sorties en groupes et les initiatives visant à faire découvrir les potentialités du pays contribuent ainsi à maintenir l’activité. Pour les responsables d’établissements, cette dynamique mérite d’être encouragée. Ils appellent notamment à poursuivre la promotion du tourisme interne afin d’amener davantage de Burkinabè à découvrir leur propre pays. La formation professionnelle constitue également une préoccupation importante. Accueil, hygiène, qualité du service ou encore gestion des clients dans le contexte sécuritaire actuel. Les promoteurs des établissements hôteliers et de restauration souhaitent bénéficier de formations continues afin de renforcer leurs compétences et de répondre aux nouvelles exigences du secteur. Du côté des restaurateurs, la concurrence des activités informelles est également dénoncée. Certains professionnels disent supporter des charges fiscales et administratives auxquelles ne sont pas toujours soumis ceux qui exercent depuis leur domicile ou de manière informelle. La problématique de la formalisation des acteurs et de l’accompagnement des petites initiatives figure ainsi parmi les préoccupations soumises aux députés. Les guides demandent davantage de reconnaissance et de moyens Les guides touristiques de leur côté, ont, pendant les visites, exposé leurs difficultés specifiques. Ils souhaitent notamment une meilleure reconnaissance de leur statut et un renforcement de leurs capacités. La qualité du récit touristique a particulièrement retenu l’attention de la mission. Pour les députés, au-delà de la beauté des sites, la manière de raconter leur histoire constitue un élément essentiel de l’expérience du visiteur. Les guides ont donc été encouragés à travailler davantage sur la qualité du narratif, la documentation et la transmission de l’histoire et de la culture locales. La question de la collaboration entre guides nationaux et guides locaux a également été évoquée, avec la nécessité de clarifier les rôles et de renforcer la complémentarité entre les différents acteurs. Vers une véritable économie du tourisme Au terme des visites et des échanges, une conviction semble se dégager chez les acteurs locaux du tourisme et de l’hôtellerie des Tannouyan: le développement du tourisme interne ne peut se limiter à la seule promotion des sites. Il doit s’appuyer sur un écosystème regroupant les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les professionnels de l’hébergement et de la restauration, les guides, les communautés locales et les investisseurs privés. Les acteurs proposent notamment la création d’un mécanisme ou d’un fonds spécifique destiné à soutenir le développement touristique et hôtelier, le renforcement des budgets consacrés au secteur, l’amélioration des voies d’accès, la mise en place d’infrastructures d’accompagnement et la multiplication des actions de promotion. L’idée de créer des circuits reliant les différents sites de la région a également été avancée, afin de permettre aux visiteurs de découvrir plusieurs attractions au cours d’un même séjour. Pour les parlementaires, toutes ces préoccupations devront être analysées et traduites en recommandations à l’issue de la mission d’information. L’ambition affichée est de contribuer, à travers le contrôle de l’action gouvernementale, à lever les obstacles qui freinent encore l’essor du tourisme interne.